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Alexandra Lescure

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Après des années d'apprentissage, d'expériences et de réflexions, ce premier enregistrement est pour la pianiste Alexandra Lescure une étape personnelle et pianistique importante.

Le choix du programme s'est imposé comme une évidence dans son cheminement. Dans cet album, elle recherche l'immersion dans la matière sonore, là où chaque intervalle façonne une architecture organique, là où l'on se trouve devant un présent absolu qui tend à

rejoindre une grâce spirituelle. Une délectation suspendue à l'éternité, des inclinaisons exaltées, mélancoliques, goûteuses, mystérieuses ou obsessionnelles sont aux sources de cette recherche d'authenticité qui transcende le son pour évoquer l'indicible Chercher la pensée non verbale dans l'oeuvre et s'interroger sur la vie, s'adresser à l'autre pour évoquer l'humanité, la beauté, la poésie sont des idéaux qui guident sa pratique. Puisant sa quête aussi dans un questionnement philosophique des connaissances, de la religion ou de la place morale de l'homme dans la société du XVIII ème siècle, cette musique est une immersion dans le siècle des Lumières.

ALBUM : IMMERSION

Premier album enregistrement Aout 2019 - Production Ilona Records

Sortie 2020

Son choix du répertoire nous emmène aux sources des premières oeuvres du piano moderne, à michemin entre le clavecin flamboyant de Couperin et le piano symphonique de Beethoven, les oeuvres de Scarlatti, Haydn et Mozart forment plus qu'un simple assemblage de circonstance: une trilogie féconde et sensible qui impose à l'auditeur son lignage comme une évidence. Choisissant parmi ces jalons de la musique pour clavier, leurs pages des plus éloquentes, Alexandra Lescureoffre sa vision profonde et subtile d'un XVIIIe siècle, nous immergeant dans ce délectable passé, riche de couleurs, de mysticisme et d'évocations. Mûrement réfléchi, ce premier enregistrement est avant tout le reflet d'un tempérament, celui d'une pianiste engagée, qui a façonné son interprétation au gré de ses rencontres depuis plus de vingt ans, auprès des plus grands artistes d'ici et d'ailleurs : Jean-Marc Luisada, Michel Bourdoncle, Bruno Rigutto, Jacques Rouvier, Konstantin Lifchitz, Bernard D'Ascoli et Prisca Benoît.

Son goût pour l'improvisation qu'elle retrouve dans la liberté ornementale s'épanouit à merveille dans ces oeuvres aux limbes des périodes baroque et classique. La musique ciselée, intime et pétillante de Haydn et Mozart plonge ses racines dans l'ivresse digitale énergétique, teintée parfois d'un abandon nostalgique des oeuvres de Scarlatti. Compositeur italien, chargé de l'éducation musicale de la princesse Maria Barbara du Portugal, épouse du roi d'Espagne, Scarlatti passe lamajeure partie de son existence à Lisbonne et Madrid, laissant libre cours à sa plume, trempée au coeur de la musique populaire ibérique. Il compose pas moins de 555 sonates pour clavecin, des pages brèves, denses et fantasques où les phalanges se mettent à crépiter, les mains à se croiser, les poignets à se cambrer, transmettant à l'oreille les superbes arabesques et les puissants accords, inspirés par les effluves andalouses. Il n'est qu'à comparer les folles enjambées - presque mozartiennes - de la sonate K. 125 en sol majeur, les arpèges guitaristiques de la sonate K 119, d'une redoutable virtuosité et la mélancolie noble et moirée de la sonate K. 208 , pour goûter aux incroyables saveurs de ce répertoire, rendu à merveille par un toucher aux variétés exquises.. Enfin, fleuron des ultimes sonates, la K. 380 en la majeur stylise une cérémonieuse danse de cour, parsemée de sonneries cuivrées aux accents tantôt tendres, tantôt d'une implacable fatalité .

C'est un petit bijou qu'Alexandra a déniché au coeur d'un recueil de Sonates de Haydn. Insouciance du toucher, poésie des formes, contemplation solaire d'une musique extatique, roulades désinvoltes d'un clavier enjôleur et virtuose, la Sonate Hob. XVI 46 est une grande fresque ornementale en trois mouvements contrastés, dont la sensibilité à fleur de peau passe du rire aux larmes . Il suffit de l'enchaîner à l'une des oeuvres de Scarlatti pour entendre ce que l'autrichien doit à son confrère italien. Haydn le badin, Haydn le spirituel, Haydn le génie de la finesse, tous les tempéraments sont réunis en cette partition remarquablement inspirée.

La musique de Mozart demeure la fidèle confidence des moments heureux et des instants tragiques. La célèbre Sonate en fa majeur, synthétise la vitalité de l'ensemble du siècle, par le truchement de ses mélodies délicieuses, tour à tour pastorales, orageuses, cynégétiques, dansantes et chantantes comme un air de bel canto à l'opéra. Elle nous immerge dans l'éclat cristallin du son qui matérialise le temps, celui de l'écoute, celui de la remémoration, celui de l'intériorité de l'âme, noble mission que se donne ici l'interprète d'un enregistrement qui ne saura laisser indifférent.

Texte par Etienne Kippelen